INTERVENANTS & CONFÉRENCES

De la contre-culture à la cyber-culture

De la contre-culture à la cyber-culture

Il s’agit de s’interroger sur le nouveau statut de l’objet dans la cyber-culture ; de parler de l’objet accéléré, de l’objet à toute vitesse, celui qui ne laisse pas le temps. Effectivement, il y avait le temps d’avant, le temps de Gaston quand "y avait jamais personne qui y répond… Au téléphon. Ce temps du décrochement, ce temps différé n’existe presque plus, du moins n’existera presque plus. Quand le téléphon sera implanté dans le corps de Gaston, il y aura toujours quelqu’un qui y répond. Alors Gaston aimera son téléphon et lui dira, peut-être, ma puce ! Il se peut, tout aussi bien, qu’il ne lui dise rien, puisqu’il n’aura plus rien à dire. Pourquoi dire, quel besoin de dire… quand on est dans l’immédiateté. Pourquoi Gaston dirait à son téléphon : tu es aux abonnés absents, tu me manques, je t’aime… Puisqu’il l’a sous la peau, qu’il fait corps avec lui. L’objet charnel, c’est tout un changement et même un renversement. Jugez en par vous-mêmes : quand y a l’téléphon qui son’ et qu’y a jamais personne qui y répond… Il y a, en fait, quelqu’un… Et quand il y a Gaston qui y répond sans arrêt… Il y a, en fait, personne. Ce renversement est comme une coupure épistémologique. En effet, avec l’objet qui fait corps, qui fusionne… Il n’y a plus de dehors et de dedans. Tout le changement est là, dans cette inséparabilité. Dans le temps d’avant, quand la matérialité était triomphante, l’objet pouvait être surabondant, omniprésent, oppressant, asservissant… Mais son ascension était résistible. On pouvait encore opérer des contradictions. Maintenant, l’assomption de l’objet est irrésistible… Elle tient du miracle et bien-sûr, du pinacle ! La question n’est plus à se demander comment faire de la contre-culture, mais comment vivre avec de l’objet miraculeux. Comment peut-on être un techno-sapiens et en jouir… Comment peut-être un cyborg insouciant d’une réalité augmentée ?
Alain Caucat


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